Ma tribune parue sur Atlantico, dimanche 29 janvier 2012.
La crise de la monnaie unique éclaire d’un jour cruel les erreurs d’appréciations des élites françaises au lendemain de la réunification allemande. Apeurés par le spectre d’une Allemagne reconquérante, elles pensaient l’enserrer dans le jeu des contraintes européennes en la dépossédant du mark.
L’euro devait arrimer l’Allemagne en Europe et repousser dans le passé la possibilité même d’une conflictualité interne à l’Europe. Vingt ans après Maastricht, cette stratégie s’est révélée un gouffre économique autant qu’un échec géopolitique. La zone euro a été dans la longue durée une zone de croissance atone.
Les déficits et la dette publics s’y sont partout creusés, alors même qu’ils étaient demeurés raisonnablement sous contrôle pendant les années 80. Le coût de la marche forcée vers l’euro puis la nécessité de compenser une surévaluation insoutenable pour l’économie (Allemagne exceptée) expliquent une large part de la dérive des finances publiques. L’Allemagne a choisi le grand large et mène une politique de "cavalier seul" en Europe.
Mais la génération qui a porté Maastricht ne veut rien entendre. Elle fait, comme d’autres avant elle, de l’alignement sur Berlin la seule politique possible. Entre une droite travaillée par une psyché désireuse d’effacer jusqu’au souvenir même de de Gaulle et une gauche toujours aussi insensible à l’histoire longue des nations, que faire ?
L’euro devait arrimer l’Allemagne en Europe et repousser dans le passé la possibilité même d’une conflictualité interne à l’Europe. Vingt ans après Maastricht, cette stratégie s’est révélée un gouffre économique autant qu’un échec géopolitique. La zone euro a été dans la longue durée une zone de croissance atone.
Les déficits et la dette publics s’y sont partout creusés, alors même qu’ils étaient demeurés raisonnablement sous contrôle pendant les années 80. Le coût de la marche forcée vers l’euro puis la nécessité de compenser une surévaluation insoutenable pour l’économie (Allemagne exceptée) expliquent une large part de la dérive des finances publiques. L’Allemagne a choisi le grand large et mène une politique de "cavalier seul" en Europe.
Mais la génération qui a porté Maastricht ne veut rien entendre. Elle fait, comme d’autres avant elle, de l’alignement sur Berlin la seule politique possible. Entre une droite travaillée par une psyché désireuse d’effacer jusqu’au souvenir même de de Gaulle et une gauche toujours aussi insensible à l’histoire longue des nations, que faire ?
Mon entretien pour le site de campagne de Jean-Pierre Chevènement.
Agé de 33 ans, diplômé d'HEC, Julien Landfried est chevènementiste depuis… 13 ans déjà ! Professionnel de la presse en ligne et de la communication politique sur internet, il a également publié "Contre le communautarisme" en 2007 (Armand Colin).
Pourquoi avez-vous rejoint Jean-Pierre Chevènement ?
Ce qui m'a toujours séduit avec Chevènement, c'est la synthèse entre une haute exigence intellectuelle, très rare en politique, et le souci de la réalité. C'est l'un des seuls hommes politiques français à avoir compris, bien avant les autres, la nature de la mondialisation libérale, l'échec de l'euro ou encore les transformations géopolitiques à l'oeuvre. Travailler avec lui, et plus simplement le lire, c'est une école de formation exceptionnelle grâce à la qualité de sa production intellectuelle. Enfin, Chevènement est un roc. Quand il faut se prononcer en fonctions d'intérêts supérieurs, il va dans la bonne direction (1983, 1992, 2000, 2005, etc.). C'est un homme d'Etat. En reste-t-il beaucoup ?
Comment avez-vous rencontré Jean-Pierre Chevènement ?
J'ai "rencontré" la pensée de Jean-Pierre Chevènement lors de mon premier stage, au Monde diplomatique, voici déjà 13 ans. Je faisais des recherches sur les débats intellectuels de l'époque. Je me suis alors familiarisé avec sa pensée, et cela m'a amené à le soutenir activement en 2002 lors de sa campagne présidentielle, au sein de Génération République. Je suis devenu l'un de ses proches collaborateurs en 2006 quand j'ai commencé à m'occuper de sa communication en ligne et de son blog en particulier.
Pourquoi avez-vous rejoint Jean-Pierre Chevènement ?
Ce qui m'a toujours séduit avec Chevènement, c'est la synthèse entre une haute exigence intellectuelle, très rare en politique, et le souci de la réalité. C'est l'un des seuls hommes politiques français à avoir compris, bien avant les autres, la nature de la mondialisation libérale, l'échec de l'euro ou encore les transformations géopolitiques à l'oeuvre. Travailler avec lui, et plus simplement le lire, c'est une école de formation exceptionnelle grâce à la qualité de sa production intellectuelle. Enfin, Chevènement est un roc. Quand il faut se prononcer en fonctions d'intérêts supérieurs, il va dans la bonne direction (1983, 1992, 2000, 2005, etc.). C'est un homme d'Etat. En reste-t-il beaucoup ?
Comment avez-vous rencontré Jean-Pierre Chevènement ?
J'ai "rencontré" la pensée de Jean-Pierre Chevènement lors de mon premier stage, au Monde diplomatique, voici déjà 13 ans. Je faisais des recherches sur les débats intellectuels de l'époque. Je me suis alors familiarisé avec sa pensée, et cela m'a amené à le soutenir activement en 2002 lors de sa campagne présidentielle, au sein de Génération République. Je suis devenu l'un de ses proches collaborateurs en 2006 quand j'ai commencé à m'occuper de sa communication en ligne et de son blog en particulier.
Mon entretien à Atlantico, mercredi 7 décembre 2011.
Atlantico: Standard & Poors a annoncé la mise sous surveillance négative de 15 des 17 États membres de la zone euro. Comprenez-vous que l'on puisse se scandaliser de voir les marchés financiers se retourner contre les États, alors que ces derniers ont sauvé le secteur de bancaire de la faillite en 2008?
Julien Landfried: Il y a en effet une dimension proprement indécente dans la situation actuelle. Le secteur financier est atteint d’hubris (l’esprit de démesure) et masque son hypertrophie par un discours pseudo économique. Il y a un conflit de légitimité entre les institutions démocratiques que sont les gouvernements, et les institutions financières qui sont l’expression du capital financier.
Ce conflit est masqué par la puissance des intérêts financiers dans le secteur de l’information, et par la colonisation de l’"expertise" économique par le secteur bancaire et financier. La majorité des "analystes", qui appellent les États à mettre en œuvre des politiques d’austérité, sont aussi des employés du secteur financier. Leur crédibilité est ruinée par la situation de conflits d’intérêts dans laquelle ils se trouvent de facto.
Dans ces conditions, les États auraient-ils mieux fait de laisser tomber les banques?
Il est impensable pour les États de "laisser tomber" les banques, car il s’agit de l’épargne des ménages et des entreprises.
En revanche, il aurait fallu procéder à la mise sous tutelle publique ou à la nationalisation des établissements aidés, et au débarquement de leur management. "Le poisson pourrit par la tête", et le secteur financier offre le spectacle éclatant d’une ploutocratie prédatrice et parasitaire. L’étape supplémentaire que nous franchirons dans les prochains mois - car la faillite est imminente - sera l’instruction d’enquêtes pour déterminer précisément qui sont les responsables de la gabegie. Nous allons voir si les vieilles démocraties libérales occidentales sont encore fondées sur l’éthique du libéralisme (la responsabilité) comme on le prétend, ou ne sont plus que des coquilles vides.
Julien Landfried: Il y a en effet une dimension proprement indécente dans la situation actuelle. Le secteur financier est atteint d’hubris (l’esprit de démesure) et masque son hypertrophie par un discours pseudo économique. Il y a un conflit de légitimité entre les institutions démocratiques que sont les gouvernements, et les institutions financières qui sont l’expression du capital financier.
Ce conflit est masqué par la puissance des intérêts financiers dans le secteur de l’information, et par la colonisation de l’"expertise" économique par le secteur bancaire et financier. La majorité des "analystes", qui appellent les États à mettre en œuvre des politiques d’austérité, sont aussi des employés du secteur financier. Leur crédibilité est ruinée par la situation de conflits d’intérêts dans laquelle ils se trouvent de facto.
Dans ces conditions, les États auraient-ils mieux fait de laisser tomber les banques?
Il est impensable pour les États de "laisser tomber" les banques, car il s’agit de l’épargne des ménages et des entreprises.
En revanche, il aurait fallu procéder à la mise sous tutelle publique ou à la nationalisation des établissements aidés, et au débarquement de leur management. "Le poisson pourrit par la tête", et le secteur financier offre le spectacle éclatant d’une ploutocratie prédatrice et parasitaire. L’étape supplémentaire que nous franchirons dans les prochains mois - car la faillite est imminente - sera l’instruction d’enquêtes pour déterminer précisément qui sont les responsables de la gabegie. Nous allons voir si les vieilles démocraties libérales occidentales sont encore fondées sur l’éthique du libéralisme (la responsabilité) comme on le prétend, ou ne sont plus que des coquilles vides.
Mon entretien au blog "Election présidentielle", tenu par Yves-Marie Cann, publié le 23 novembre 2011
Question : Jean-Pierre Chevènement a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Pour quelles raisons?
La candidature de Jean-Pierre Chevènement est une réponse à la cécité des élites quant à la profondeur de la crise et à ses causes. La crise de l’euro, monnaie viciée dès son origine par un défaut de conception, est le grand tabou de la politique française. Tout se passe comme si l’on préférait nier le risque de l’explosion de la zone euro plutôt que de le reconnaître. Il vaut pourtant mieux corriger une erreur passée que de persister dans l’erreur. Errare humanum est, persevere diabolicum, comme chacun le sait (ou devrait le savoir).
Le noyau du programme de Jean-Pierre Chevènement tourne autour de l’idée que notre salut passe par une politique de réindustrialisation qui redonne une dynamique technologique et une compétitivité à notre économie. Sans une industrie capable de le soutenir, le système social français est gravement menacé. Le sauvegarder implique nécessairement de revenir sur l’idéologie de « l’économie de l’intelligence » qui a laissé la France abandonner des pans entiers de son industrie. Nous avons besoin d’une capacité industrielle dans de nombreux secteurs, et pas seulement dans les « nouvelles technologies », d’autant que même les industries anciennes sont à forte intensité technologique. Cette stratégie de réindustrialisation implique une monnaie moins chère, que ce soit un euro moins cher, ou une monnaie nationale compétitive en cas d’effondrement de la zone euro.
La candidature de Jean-Pierre Chevènement est une réponse à la cécité des élites quant à la profondeur de la crise et à ses causes. La crise de l’euro, monnaie viciée dès son origine par un défaut de conception, est le grand tabou de la politique française. Tout se passe comme si l’on préférait nier le risque de l’explosion de la zone euro plutôt que de le reconnaître. Il vaut pourtant mieux corriger une erreur passée que de persister dans l’erreur. Errare humanum est, persevere diabolicum, comme chacun le sait (ou devrait le savoir).
Le noyau du programme de Jean-Pierre Chevènement tourne autour de l’idée que notre salut passe par une politique de réindustrialisation qui redonne une dynamique technologique et une compétitivité à notre économie. Sans une industrie capable de le soutenir, le système social français est gravement menacé. Le sauvegarder implique nécessairement de revenir sur l’idéologie de « l’économie de l’intelligence » qui a laissé la France abandonner des pans entiers de son industrie. Nous avons besoin d’une capacité industrielle dans de nombreux secteurs, et pas seulement dans les « nouvelles technologies », d’autant que même les industries anciennes sont à forte intensité technologique. Cette stratégie de réindustrialisation implique une monnaie moins chère, que ce soit un euro moins cher, ou une monnaie nationale compétitive en cas d’effondrement de la zone euro.
Je réponds dans le podcast ci-dessous aux questions de David Medioni et de Philippe Moreau Chevrolet, tenanciers du blog "Yes They can", spécialisé sur la communication politique.
Source : blog Yes They Can
Nota Bene : l'entretien a été réalisé le 10/11 et diffusé le 14/11
Nota Bene : l'entretien a été réalisé le 10/11 et diffusé le 14/11
A propos de moi
Je suis secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), porte-parole de Jean-Pierre Chevènement et responsable de sa campagne en ligne, membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica.
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